Histoire
Les Trois Royaumes de Corée (1er siècle av J.C. – VIIe siècle): le Subak exclusif
Durant cette période la péninsule coréenne est partagée en trois royaumes: Baekje (백제) et Silla (신라) au sud, Goguryeo (고구려) au nord. Le royaume de Goguryeo s’étend alors jusqu’en Mandchourie et dans l’Extrême-Orient russe.
À la fin du Ve siècle le royaume de Goguryeo possède la suprématie sur la partie nord-est de l’Asie et sa renommée s’étend jusqu’à l’Occident.
Un détail des fresques murales de la tombe de Muyong(chong) (무용총) située en actuelle Corée du Nord (sur le site de l’ancien royaume Goguryeo) et sur laquelle apparaissent deux personnes qui semblent se mesurer l’une à l’autre pourrait être une partie de Subak.
Dynastie Silla Unifiée (VIIe – Xe siècle): unification de la péninsule
Silla s’allie avec la Chine de la dynastie Tang et conquiert les royaumes rivaux de Baekje et Goguryeo: la Corée est ainsi unifiée pour la première fois dans son histoire et connaît un âge d’or culturel grâce à l’art bouddhique notamment.
Dynastie Goryeo (Xe – XIVe siècle) : l’âge d’or du Subak(hui)

Extrait du Goryeosa/ Koryŏsa relatant une compétition de Subak(hui) sous la dynastie Goryeo / Koryŏ.
Le Subak(hui) est pratiqué par toutes les couches sociales et devient très populaire. Certains monarques assistent et participent même en personne à des compétitions de Subak(hui) (수박희 手搏戱, le dernier sinogramme « hui 희 戱 » signifie « jeu »).
Dynastie Joseon (1392 – 1910) : le déclin du Taekkyon
Il est écrit que des combats de Subakhui sont organisés parmi les soldats pour choisir ceux qui sont maintenus dans les rangs et ceux qui sont exclus: il faut battre trois adversaires pour être sélectionné.
L’influence du néo-confucianisme entraîne un changement de philosophie en Corée dès la fin de la dynastie Goryeo. Le pays va être dirigé selon les principes confucéens et la plume (littérature) est favorisée au dépend de l’épée (arts militaires).
L’ouvrage clef de la fin du XVIIIe siècle intitulé Jaemulbo (재물보) nous apprend que ce qu’on appelait avant subak (手博) s’appelle maintenant takkyon (탁견). Des témoignages confirment par la suite que takkyon et taekkyon désignent bien tous deux la même chose.
Méprisé par la classe dirigeante des yangban, le Taekkyon continue pourtant d’être apprécié par le peuple notamment sous la forme de jeu folklorique appelé Kyollyon Taekkyon.
Occupation de la Corée (1910-1945) : la disparition du Taekkyon
Sous l’occupation de l’Empire du Japon, la classe dirigeante rend les arts martiaux japonais obligatoires aux programmes scolaires élémentaire et secondaire: le Judo et le Kendo sont alors enseignés au jeunes Coréens. Les adultes et les enfants qui font encore du Taekkyon sont menacés et réprimés par les forces de l’ordre. La pratique du Taekkyon est finalement interdite et le Taekkyon disparaît de la scène publique.
Après la libération de la Corée en 1945, le pays est séparé en deux États avec la présence de troupes soviétiques au Nord et américaines au Sud. D’autres arts martiaux d’origine chinoise ou japonaise sont alors « importés » en Corée, c’est le cas notamment du Karaté qui est enseigné dans plusieurs écoles par des maîtres coréens ayant vécu au Japon.
![]() GMe Song Dok-Ki (1893-1987) |
![]() GMe Shin Han-Seung (1928-1987) |
![]() GMe Lee Yong-Bok (1948-~) |
Années 70 à 90: la renaissance du Taekkyon
Après l’occupation et la guerre de Corée (1950-53), l’économie est au plus bas et la préoccupation des Coréens est à la reconstruction du pays.
Il faut attendre les années 70 pour que le Taekkyon soit à nouveau enseigné à une poignée d’élèves sous la direction de Song Dok-Ki (1893-1987) (송덕기 aussi écrit Song Duk-Ki) qui a survécu à l’occupation et à la guerre. Enfant, Song Dok-Ki participe à des compétitions de Taekkyon. Adolescent, il suit pendant plusieurs années l’enseignement du maître renommé Im Ho (임호). Mais Song Dok-Ki doit arrêter la pratique du Taekkyon sous la pression exercée par les policiers japonais. Il est aujourd’hui considéré comme le dernier expert de Taekkyon de la dynastie Joseon et le maître sans qui l’art martial aurait disparu.
Élève de Song Dok-Ki, Shin Han-Seung (1928-1987) (신한승) structure de manière plus systématique le Taekkyon et œuvre pour que la discipline soit reconnue officiellement par le gouvernement. Son projet réussit lorsque le Taekkyon est reconnu en tant que « trésor culturel intangible important No 76″ (중요무형문화재 76호) par le gouvernement coréen le 1er juin 1983.
Élève de ces deux maîtres, Lee Yong-Bok (이용복) lance en 1984 un mouvement de renaissance du Taekkyon et fonde le « Korea Traditional Taekkyon Institute » (Institut du Taekkyon Traditionnel de Corée). Ses efforts permettent d’organiser à nouveau après plus de 80 ans d’absence auprès du public une compétition de Kyollyon Taekkyon, le 30 juin 1985 à Busan au stade de Gudeok (구덕체육관).
La première compétition pour enfants (제1회 애기택견경기) a lieu la même année. D’autres types de compétitions sont par la suite organisées pour différents profils de participants: bébés, ados, féminine, haut niveau, seniors, etc.
Et aujourd’hui: le développement international
Des démonstrations de Taekkyon ont lieu à partir des années 90 dans différents pays d’Amérique et d’Asie mais aussi en France à plusieurs reprises.
Le 1er janvier 1991, l’association « Korea Taekkyon Association » (대한택견협회 Association Coréenne de Taekkyon) aujourd’hui devenue la Korea Taekkyon Federation (대한택견연맹 Fédération Coréenne de Taekkyon) est fondée et devient membre officiel du « National Sports Council for All » (Conseil National du Sport pour Tous), le 30 novembre 1998.
Le 2 février 2001, le Taekkyon affilié à la Korea Taekkyon Federation est reconnu officiellement par le Comité Olympique Coréen franchissant ainsi une étape importante à une future participation aux épreuves des jeux olympiques.
Aujourd’hui, la Fédération Coréenne de Taekkyon présidée par GMe Lee Yong-Bok regroupe plus de 2000 professeurs de Taekkyon, 5000 joueurs licensiés, 250 clubs de Taekkyon (appelés jeonsugwan plutôt que dojang ou dojo) et organise une dizaine de championnats nationaux par an. On estime aujourd’hui (en 2011) le nombre de pratiquants de Taekkyon à 150.000 environ.
Rédigé par Jean-Sébastien Bressy. Reproduction interdite sans le consentement de l’auteur.













